3. Ethnocentrisme de classe sociale et relativement à l’origine migratoire

Est-ce que j’ai conscience que le redoublement touche plus massivement les élèves de milieux sociaux populaires et/ou immigrés ?


Est-ce que j’ai conscience que les filières au bac (professionnelle, technologique et générale) reproduisent des différences de classe sociale, d’origine migratoire et de sexe ?


Est-ce que je m’interroge lorsque j’oriente un ou une élève vers une filière spécialisée (par exemple : SEGPA) ou professionnelle sur le fait que ce sont majoritairement des élèves de milieux populaires et/ou immigrés qui sont orientés vers ces filières ? Est-ce que j’ai conscience qu’ils y sont surorientés à notes égales ?


Est-ce que j’ai conscience que toutes les familles ne maîtrisent pas les « codes » et les « attentes » de l’école ? Est-ce que je prends soin d’expliquer aux familles les plus éloignées de la culture scolaire les attentes de l’institution et mes attentes en termes de suivi du travail scolaire ?


Est-ce que je contribue à véhiculer ou est-ce que je combats les stéréotypes concernant les familles populaires sur le fait qu’elles sont « démissionnaires » ou qu’elles ne s’occupent pas de la scolarité de leurs enfants ?


Est-ce que j’ai conscience que certaines familles connaissent mal le système scolaire français et peuvent ne pas comprendre l’importance des réunions parents-professeurs ou ne pas comprendre l’importance des paliers d’orientation ?


Est-ce que j’ai conscience que les demandes de l’école peuvent ne pas être comprises par les familles concernant par exemple l’importance des fournitures scolaires (par exemple : achat de livres scolaires) ou demander des compétences qu’elles ne maîtrisent pas (par exemple : suivi de la scolarité des élèves à partir des outils numériques) ?


Est-ce que lorsque je donne des devoirs à la maison je m’interroge sur le fait que les parents n’ont pas tous les mêmes moyens d’aider leurs enfants ? Est-ce que je prends soin en classe d’apprendre aux enfants à faire leurs devoirs ?


Est-ce que je prends soin d’apprendre explicitement aux élèves de sixième à utiliser un agenda, à utiliser un emploi du temps ou à faire leur cartable pour le lendemain ou encore à organiser leur travail à la maison (les exercices, les leçons, la préparation des devoirs, etc.) ?


Est-ce que j’ai conscience que les pratiques pédagogiques qui valorisent l’autonomie (par exemple : pédagogies socioconstructivistes, de projet, etc.) sont les plus en adéquation avec le style éducatif des familles de classes moyennes supérieures ?


Est-ce que j’ai conscience que l’habillage de la tâche censé motiver les élèves ou les mettre en activité peut induire chez eux des malentendus sociocognitifs entre culture pratico-orale et culture scripturo-scolaire ?


Est-ce que j’enseigne explicitement en précisant : quoi (ce que l’on est en train d’étudier), comment (en enseignant explicitement les stratégies d’apprentissage), pour quoi (dans quel but), quand (connaissances conditionnelles) ?


Est-ce que j’ai conscience que l’évaluation chiffrée produit un stress lié à la menace du stéréotype et n’est pas favorable aux élèves de milieux populaires ? Est-ce que je mets en place, par exemple avec l’évaluation par contrat de confiance, des pratiques qui visent à atténuer ces effets négatifs ?


Est-ce que j’ai conscience que les comportements valorisés par les familles chez les enfants ne sont pas les mêmes en fonction du sexe, du milieu social et de l’origine migratoire ?


Est-ce que j’ai conscience que, en fonction des milieux sociaux, les pratiques culturelles de loisirs et le registre de langage utilisé ne sont pas les mêmes ? Est-ce que j’ai conscience que certains sont plus valorisés par le système scolaire ?


Est-ce que lorsque j’effectue de la différenciation pédagogique, je ne contribue pas à creuser les inégalités sociales ? Par exemple, est-ce que j’ai des attentes inférieures pour les élèves les plus en difficultés par rapport aux autres élèves ?


Est-ce que je n’ai pas tendance à poser des questions ouvertes à l’oral ou à demander de rédiger aux bons élèves et inversement à poser des questions fermées et à proposer des textes à trous aux élèves en difficultés ?


Sans toujours l’interroger, les enseignants tendent à renforcer les inégalités sociales en surorientant les élèves issus de classes populaires et de l’immigration vers des filières professionnelles. Les enseignants peuvent ne pas avoir conscience que nombre de fonctionnements ou d’attentes de l’école qui leur paraissent évidentes ne le sont pas pour leurs élèves ou leurs familles quand ceux-ci sont de classes populaires ou d’origine immigrés. Le fait de ne pas être assez explicite dans les attentes peut contribuer à générer des malentendus sociocognitifs chez les élèves. Voir à ce propos : Cnesco, Inégalités sociales et migratoires : comment l’école les amplifie ?



 



 

Modifié le: lundi 23 avril 2018, 07:25