3.2. Connaissances

3.2.1. Une persistance des discriminations et des inégalités sociales en défaveur des femmes dans la société française


Avant que les enfants n’arrivent à l’école, ils sont déjà exposés à des stéréotypes de genre à travers soit l’éducation familiale, mais aussi les médias, en particulier dans la publicité, et les jouets.

À la sortie du système d’enseignement, les femmes font face à de nombreuses situations de discriminations et d’inégalités sociales :

- « Seuls 17 % des métiers, représentant 16 % des emplois peuvent être considérés comme mixtes au sens où ils sont occupés par au moins 40 % de chaque sexe. […] Les dix métiers féminins avec l’effet le plus fort sur l’indice de ségrégation représentaient en 2011 près de la moitié de l’emploi féminin (47 %) alors qu’ils ne pesaient que le quart du total des emplois. Les dix métiers les plus masculins rassemblaient 31 % des hommes. Ces derniers se répartissent donc plus largement dans l’éventail des familles professionnelles. L’impact des métiers les plus masculins sur l’indice de ségrégation est donc plus faible que celui des métiers les plus féminins » (avis du Conseil économique, social et environnemental, 2014).

- Être une femme est un critère perçu de discrimination à l’emploi.

- Les femmes gagnent en moyenne 25 % de salaire en moins que les hommes à niveau de formation et d’expérience égales. 

- 80 % des temps partiels sont occupés par des femmes.

- Les femmes représentent moins de 3 % des dirigeants de grandes entreprises.

- Les femmes constituent moins de 30 % de la représentation à l’Assemblée nationale.

- Les femmes sont l’objet de nombreuses inégalités conversationnelles : parole coupée, temps de parole inférieur…

- Les femmes sont sous-représentées dans les médias en particulier dans des positions d’expert.

- Les femmes en couple consacrent en moyenne 1 heure de plus par jour au travail domestique.

- Une femme décède tous les trois jours victime de son conjoint.

- 14,5 % de femmes déclarent avoir été victimes de violences sexuelles, contre 3,9 % d’hommes (plus de 80 % dans les deux cas entre 4 ans et 15 ans).

- Parmi les allocataires du minimum vieillesse, 56 % sont des femmes.

Néanmoins les femmes vivent plus longtemps que les hommes : 85 ans pour les femmes contre 80 ans pour les hommes, mais les écarts tendent à s’estomper.

(Chiffres à jour pour l’année : 2017)


Pour aller plus loin


3.2.2. Une situation des filles plus positive dans le système d’enseignement ?

Lorsque l’on regarde le système scolaire, il est possible de s’étonner de la situation générale dans la société. En effet, les filles quel que soit leur milieu social d’origine réussissent mieux en moyenne que les garçons :

- 29 % des filles scolarisées en troisième en 2013 se sont orientées en 2014 vers l’enseignement professionnel contre 40 % de garçons.

- Les filles sont 86,7 % à décrocher un baccalauréat, contre 82,3 % pour les garçons.

- Les filles constituent 57 % des étudiants à l’université en 2015-2016.

Néanmoins, il faut souligner que les filles, dans le supérieur, constituent 75 % des étudiants en lettres et sciences humaines, mais seulement 25 % dans le domaine des sciences fondamentales. Or ce sont ces filières qui conduisent aux professions les plus rémunératrices et prestigieuses.

À titre d’exemple, en 2016, les femmes ne constituent qu’1/3 du recrutement de l’École nationale d’administration (ENA).

Ou encore : les femmes représentent moins de 25 % des étudiants ingénieurs en informatique et moins de 30 % des salariés dans les métiers du numérique.

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3.2.3. La participation de l’école à la construction des inégalités sociales de sexe

Il est donc possible en dehors de la diffusion sociale des stéréotypes de sexe via l’éducation familiale et les médias de s’interroger sur l’impact de l’école dans la construction des inégalités filles/garçons :

- Les albums jeunesses utilisés en maternelle contiennent des stéréotypes de genre

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- L’espace dans les cours de récréation est réparti de manière sexuée et les filles occupent moins d’espace que les garçons

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- Les filles déclarent plus souvent être victimes de violences physiques à l’école de la part de garçons que de la part d’autres filles

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- Les filles déclarent davantage de violences sexuelles : « les violences à caractère sexuel concernent plus souvent les filles : en moyenne, 7,5 % des filles déclarent avoir été victimes de voyeurisme, d’une « caresse forcée » ou d’un « baiser forcé » et 5 % des garçons » (HCE, Rapport formation à l’égalité, 2016).

- Les interactions différentiées de la part des enseignants entre filles et garçons en mathématiques : par exemple, les enseignants consacrent moins de temps aux filles et leur posent des questions moins approfondies en mathématiques.

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- La division sexuée des matières : certaines matières sont vues comme féminine - les lettres, les langues – et d’autres comme masculines – les mathématiques et les sciences.

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- La place des stéréotypes de genre dans les manuels scolaires : les femmes y sont sous-représentées ou les représentations de genre sont stéréotypées.

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- Des filières d’orientation scolaire qui sont peu mixtes : ainsi par exemple, on trouve 85 % de filles en santé-social et 84 % de garçons en sciences de l’ingénieur.

Pour aller plus loin


3.2.4. Les effets de la masculinité hégémonique : contre la réussite scolaire des élèves garçons de milieu populaire, en particulier immigrés et descendants de l’immigration

Il faut donc plutôt conclure non pas que les filles quel que soit leur milieu social réussissent mieux à l’école que les garçons, mais que les garçons des classes moyennes supérieures réussissent mieux que les garçons de classes populaires. L’écart de réussite scolaire le plus important est entre les filles immigrées de classes populaires et les garçons immigrés de classe populaire. Comme l’ont mis en valeur Pierrette Bouchard et Jean-Claude Saint-Amant (1993), on peut alors se demander si la plus forte conformation des élèves garçons de milieux populaires aux stéréotypes de genre ne constituerait pas un obstacle à leur réussite scolaire.


Pour aller plus loin




Modifié le: vendredi 14 décembre 2018, 08:02