2.3. Action

2.3.1. Éviter les préjugés négatifs contre les familles populaires et favoriser la coéducation

 

 

Le premier plan sur lequel il est possible d’agir consiste lorsque l’on est enseignant à se conscientiser relativement aux préjugés négatifs que l’on peut avoir relativement aux familles et qui peuvent conduire à agir de manière discriminatoire à l’égard des parents ou des élèves de milieux défavorisés : « parents démissionnaires », « parents assistés », « ne s’occupent pas de leurs enfants », « n’en ont rien à faire de l’école, la preuve c’est qu’on les voit jamais… ».

Il est nécessaire de combattre ces préjugés afin de favoriser la coéducation qui consiste dans la mise en place d’une action conjointe avec les familles afin de favoriser la réussite scolaire de tous les élèves.

Souvent ces préjugés résultent d’une mauvaise interprétation du comportement des parents. Ceux-ci peuvent ne pas venir à l’école parce qu’ils travaillent, ou parce qu’ils se sentent incompétents et éprouvent un sentiment de honte sociale. Les parents peuvent aussi passer beaucoup de temps à essayer d’aider leurs enfants, mais en ayant des stratégies peu efficaces.

Pour lutter contre les préjugés à l’égard des familles défavorisées

Périer Pierre, École et familles populaires : sociologie d’un différend. Nouvelle édition [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2005. URL : École et familles populaires : sociologie d’un différend.


2.3.2. Éviter l’externalisation du travail scolaire et expliciter les attendus de l’école

 

 

Les devoirs scolaires sont une source d’inégalité. En effet, les élèves et leur famille ne sont pas placés à égalité face à cette demande de l’institution scolaire. Il est donc nécessaire d’éviter l’externalisation du travail scolaire vers les familles. Lorsque du travail scolaire hors l’école est demandé, il faut veiller à avoir explicitement appris aux élèves à le réaliser durant les heures de cours. Il faut également expliciter aux parents les attentes que nous avons en tant qu’enseignant relativement à ce travail. Les parents peuvent se sentir incompétents pour aider leurs enfants à faire les devoirs, alors qu’il s’agit plutôt de contrôler si le travail demandé par l’enseignant a été fait.

Pour aller plus loin

  • Gorski Paul, « The myth of the Culture of Poverty », Poverty and Learning, n° 7, p. 32-36, 2008. URL : The myth of the Culture of Poverty.
  • Lahire Bernard, Tableaux de famille, Paris, Gallimard, 1995.
  • Rayou Patrick, Faire ses devoirs. Enjeux cognitifs et sociaux d’une pratique ordinaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Paideia », 2010.


2.3.3. L’effet pygmalion : avoir des attentes élevées vis-à-vis des élèves

L’effet pygmalion a été mis en lumière en psychologie sociale par Rosenthal et Jacobson. L’effet pygmalion positif montre que lorsque l’enseignant croit dans les capacités de réussite des élèves, il augmente leur performance d’apprentissage. Au contraire, l’effet pygmalion négatif montre que lorsque les enseignants pensent que les apprenants ne sont pas capables de réussir, leur performance d’apprentissage est moindre.

Voir

  • Trouilloud David et Sarrazin Philippe, « Note de synthèse » [Les connaissances actuelles sur l’effet Pygmalion : processus, poids et modulateurs], in Revue française de pédagogie, volume 145, 2003. p. 89-119. URL : www.persee.fr/doc/rfp  

 

2.3.4. Enseigner explicitement de la maternelle à l’université…

Une des préconisations qui fait l’objet d’un relatif consensus dans le monde de la recherche en éducation concerne l’idée que l’enseignement doit être plus explicite. L’enseignement doit rendre explicite : ce qui est enseigné (quoi ?), comment on réalise la tâche (comment ?), quand on utilise les connaissances (quand ?) et pourquoi on apprend cela (pourquoi ?).

L'objectif est d'éviter les malentendus sociocognitifs (voir: l'extrait de texte de Bonnery).

Pour aller plus loin


2.3.5. Enseigner explicitement les stratégies d’apprentissage

En particulier, il s’agit d’enseigner explicitement les comportements attendus par l’école et les stratégies d’apprentissage expertes. Les travaux sur les stratégies d’apprentissages mettent en avant plusieurs types de stratégies : certaines étant plus motivationnelles et d’autres étant plus cognitives.

En outre, les travaux montrent que les stratégies d’apprentissage ou d’études sont différentes également selon le type de contenu à apprendre ou la filière d’étude.


Pour aller plus loin

 

2.3.6. La lutte contre la constante macabre et l’évaluation par contrat de confiance

André Antibi est un didacticien en mathématiques qui a mis en évidence que les enseignants, quel que soit le niveau de leur classe, ont tendance à noter les élèves en les distribuant en trois groupes : les forts, les moyens et les faibles.

A. Antibi a développé une autre approche de la notation qui vise à lutter contre cette tendance et à mieux valoriser le travail des élèves en sortant de la logique de l’évaluation piège.

Voir 


2.3.7. La difficile question de la différenciation pédagogique

 

 

Il arrive bien souvent que l’on considère que la différenciation pédagogique serait la piste d’action par excellence pour lutter contre les inégalités scolaires. Néanmoins, la différenciation pédagogique pose au moins deux difficultés. La première c’est que les travaux scientifiques ne permettent pas de prouver que la différenciation pédagogique soit efficace pour réduire les inégalités scolaires. En outre, il n’existe pas suffisamment de travaux permettant d’établir quelles sont les formes de différenciation pédagogique qu’il faudrait favoriser et celles qui sont à éviter.

Par conséquent, il est sans doute nécessaire que les enseignants usent avec prudence de la différenciation pédagogique en suivant deux axes. Le premier est de garder en mémoire que le principe d’égalité des usagers devant le service public est le premier principe du droit administratif. Le second principe est celui d’équité : une différentiation n’est juste que si elle améliore le sort de ceux qui sont le plus en difficulté.

Voir

Pour aller plus loin

  • Le modelage ou « mettre un haut-parleur sur sa pensée » (Canada). Le modelage, issue de la théorie de l’apprentissage vicariant, consiste à montrer comment l’enseignant réalise une tâche, en explicitant son activité cognitive. Pour cela, il « met un haut-parleur sur sa pensée ».
Voir un exemple de modelage à partir de l’inférence en lecture : vidéo produite par la province de l’Ontario au Canada –




 

Modifié le: vendredi 14 décembre 2018, 09:02