Les points clés

E. Les hypothèses à expérimenter

Dans les travaux d’étudiants que nous avons pu lire, les premières difficultés importantes arrivent à ce stade du transfert de connaissance dans la pratique. L’enseignant identifie clairement un problème professionnel auquel il cherche une réponse. En revanche, ce qui n’est pas clair pour lui, c’est ce que recouvre la littérature scientifique.

Nous avons pu observer plusieurs difficultés. La première consiste tout simplement dans le fait que l’enseignant stagiaire confonde « savoirs d’expérience » et connaissances scientifiques. L’étudiant énonce des affirmations qui relèvent de ce qu’il pense être un « bon sens » enseignant ou ce qu’il a appris par ses observations et sa pratique. Il est dès lors nécessaire d’être très clair en amont sur l’objectif du travail qui lui est proposé : il s’agit d’apprendre à transférer des CIR dans la pratique professionnelle. Cet objectif peut être rappelé en l’appuyant sur la compétence 14 du référentiel professionnel des enseignants : « 14. S’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel - Compléter et actualiser ses connaissances scientifiques, didactiques et pédagogiques. - Se tenir informé des acquis de la recherche afin de pouvoir s’engager dans des projets et des démarches d’innovation pédagogique visant à l’amélioration des pratiques. »

La deuxième difficulté tient au fait que l’enseignant n’identifie pas clairement le type de littérature sur laquelle il doit s’appuyer : philosophie de l’éducation, grands pédagogues, travaux scientifiques, textes de vulgarisation, récits d’expérience par des enseignants, etc. Cette deuxième difficulté ne tient pas qu’aux enseignants stagiaires, mais relève d’une difficulté inhérente aux sciences de l’éducation. Tout d’abord, ce domaine ne comprend pas que des travaux scientifiques, mais également des approches théoriques – comme la philosophie – qui impliquent une réflexion conceptuelle, mais non pas une approche empirique. Cependant, même dans les travaux reposant sur des méthodes empiriques, on doit distinguer les travaux reposant sur des études de cas (monographie) et les travaux s’appuyant sur des échantillons larges.

Il existe une tendance actuelle dans les politiques publiques internationales à penser qu’il faudrait s’appuyer sur des travaux impliquant des méthodes épidémiologiques. Néanmoins, rien ne permet de supposer que ce soit ce type d’approche qui permet le mieux de former les enseignants. Les États-Unis ont une tradition ancienne d’études empiriques expérimentales de ce type, mais pour autant leur système éducatif n’est pas des plus performants [1]. Ce que l’on peut remarquer, c’est qu’il semble que des systèmes de formation d’enseignants performants, comme la Finlande, se caractérisent par une formation qui est attachée à donner une culture générale pédagogique aux enseignants qui leur fassent connaître la diversité des approches [2].

Concernant par conséquent le type de documentation auquel peut se référer l’enseignant, il appartient surtout de l’amener à distinguer entre des sources scientifiques et des sources non-scientifiques (vulgarisation, récit d’expériences sans objectivation scientifique, etc.). Les travaux sur le transfert des CIR [3] font apparaître que néanmoins un des obstacles réside dans la capacité à lire les travaux scientifiques. Il est de ce fait nécessaire de distinguer deux types d’approche au sein de la formation des enseignants : à savoir apprendre aux enseignants à se référer à de la vulgarisation scientifique de qualité et apprendre aux enseignants à lire des sources scientifiques. Ce second type de formation est traité dans le cadre de la rédaction du mémoire professionnel ou d’écrits scientifiques à caractère professionnel [4].

En particulier, le formateur doit donc indiquer aux stagiaires les sources en ligne où il peut trouver les deux types de documentation. Pour la documentation scientifique, il existe des revues en ligne et des moteurs de recherche spécialisés. Pour la vulgarisation, les enseignants stagiaires peuvent se référer à la documentation mise en ligne sur les sites académiques qui reprennent souvent des supports de formation où sont intervenus des chercheurs. L’enjeu consiste donc à ce que le stagiaire identifie correctement le type de ressources sur lesquels il peut s’appuyer. Le formateur peut constituer une page internet où se trouvent réunies des ressources scientifiques concernant les principaux problèmes professionnels auxquels les enseignants stagiaires se trouvent confrontés.


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[1] Rey, op. cit.

[2] Voir par exemple l’entretien mené avec un responsable de l’éducation en Finlande dans le documentaire Demain de Mélanie Laurent (2015).

[3] Bérubé, op. cit.

[4] L’écrit scientifique à caractère professionnel suit la même méthodologie que le mémoire professionnel, mais le volume est plus court et il est réalisé en groupe. Ce travail est destiné aux étudiants de diplôme universitaire.